Texte du sujet: "Souvenirs" - Sujet 4 : "Première fois"

Je me souviens de ces parfums... Parfums d'échecs, âcre et fumeux, qui gênent la respiration, ou bien parfums d'amour, sucrés-salés, aériens et subtils. Parfums de réussites, denses comme une victoire assumée. Parfums de haine, acides et piquants.

Copal copain, dont l'odeur intense fruitée donne le sourire au matin, lorsque l'on boit un thé dans la sérénité de l'assurance d'être aimée.

Oliban liberté, à la senteur boisée revigorante, qui nous rappelle que l'on vit et donne un sentiment de victoire sur les aléas.

Myrrhe qui se marre, enivrante, étonnante, myrrhe mystique, qui incite à l'introspection lorsque tout va mal comme lorsque tout va bien.

Storax qui prend au thorax, un peu étouffant, pour nous remémorer notre vulnérabilité et ce qui en découlera: fumées amères, pleurs aux yeux.

Senteur Santal, copeaux purifiants, purs et fiers, communiquant leur énergie saine, dans un instant vivace et victorieux.

Rose musquée, musclée, qui redonne à la femme la flamme pour mieux la mettre en valeur.

Arcane cannelle, entêtante et chaude, enfance et tartes aux pommes, pour échapper aux affres de la vie d'adulte.

Camphre pour les cancres dans mon genre, pleins de bobos à réparer...

 

Il sentait l'oliban et moi le storax.

Je voulais respirer plus longuement la fraîcheur boisée de sa peau nue contre la mienne, mais notre timing toujours limité coupait court à la diffusion des arômes.

Nous mêlions ces odeurs à celles des pots d'échappement parisiens, ou aux chaleurs putrides des bouches de métro.

Plus de rance que de rhum, dans cette romance. Gueule de bois déboisé, nue dans la jungle hostile aux parfums de faune cruelle.

Félicité des sens le temps d'une heure, le temps d'humer, le temps d'aimer. Autour d'un café qui m'empêchait moins de dormir que nos rencontres.

Excuses puant la couardise, tristesse de voir s'envoler en fumée les effluves d'amour.

C'était la résine la plus volatile que j'ai connue, c'était une résine sans action, et pourtant une résignation.

C'est devenu aussi sec qu'un bois brûlé sur des charbons ardents. Pas de belles flammes colorées, juste des cendres à nettoyer, collées à terre par les larmes versées dessus. Comme une pâte, comme un plâtre, mais sans pansement.

Juste une éponge pour ramasser la glu de la douleur.

Pour la première fois, les odeurs se sont noyées, et moi avec.

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