Texte du sujet: Surnaturel, sujet 5 : "Histoire de fantômes"

chaise avec fantomes

 

Nathan n'a jamais été seul. Il est né sans frère ou sœur mais entouré de deux parents aimants, de quelques oncles et tantes qu'il voit de temps en temps, dans un quartier où tout le monde se connaît. Mais même lorsqu'il n'y avait personne à la maison, Nathan n'était jamais seul.

Il a compris très tôt qu'il y avait une différence entre ses "amis imaginaires" et ceux de ses copains de cour de récréation. Nathan a parfois des difficultés à l'école mais n'a pas besoin que ses parents lui trouvent une aide aux devoirs. Il a toujours eu toute l'aide nécessaire à la maison. Il sait bien que le père noël n'existe pas, il sait bien ce que font ses parents quand ils ne sont pas là, il sait beaucoup de choses qu'il ne devrait pas savoir. Il sait beaucoup de choses parce qu'il sait écouter quand on lui parle.

L'année de ses 6 ans, une voisine est décédée. Elle était vieille, n'avait pour seule famille que le voisinage et considérait d'ailleurs Nathan comme son petit fils parce qu'il était très poli, très serviable, toujours souriant et avait un vocabulaire assez élaboré pour son âge pensait-elle. Tout le monde la connaissait et il faut dire que depuis le temps qu'elle habitait là, elle avait vu arriver et grandir tout le monde. Lorsqu'elle est morte, tous les voisins se sont retrouvés pour enterrer la vieille dame. Tout le monde l'a pleuré longtemps. Sauf Nathan. Nathan n'a pas pleuré. Il a d'ailleurs continué de lui parler comme si elle était toujours là. Les adultes ne faisaient pas attention. Ses copains de classe trouvaient le comportement de Nathan soit rigolo soit effrayant. Sa maîtresse a mis ça sur le coup d'une forme de deuil particulière : imaginer l'être parti comme toujours avec soi pour pouvoir lui faire ses adieux quand on se sent prêt.

Il continuait de voir la vieille dame tous les jours. Elle l'accompagnait partout. Si bien qu'un jour, Nathan réalisa qu'il la voyait plus que sa propre mère. Il se rendit compte qu'il la connaissait mieux que celle qu'il appelait Maman. Et Papa, qu'est-ce qu'il faisait toujours dehors ? Ils travaillent oui mais pourquoi ils sont si souvent absents ? Nathan comprit que les gens lorsqu'ils sont partis n'ont plus vraiment d'obligation et font enfin ce qu'ils veulent faire, restent auprès de ceux auprès de qui ils veulent vraiment rester.

Il en parla quelques fois avec la vieille voisine. Elle lui donna bien quelques conseils, comme le fait de leur en parler directement mais elle sentit bien que Nathan cachait quelque chose. La situation le travaillait de plus en plus. Il voyait ses camarades de classe avec leur famille proche. Il commençait à devenir jaloux. Il commença à comprendre qu'il voit plus souvent les gens passés de l'autre côté. Il mit du temps avant de l'admettre. Ça lui posait quelques problèmes de conscience d'abord, de logistique ensuite, de conséquences enfin.

Puis il finit par se décider. Il voulait vraiment les voir plus souvent. Si ça signifiait mettre fin à leur vie réelle, alors il s'y résolvait. Nathan assassina ses parents le soir de son huitième anniversaire lorsqu'ils rentrèrent enfin du travail. Ils pensaient qu'à une heure si avancée il dormirait mais il avait prévu le coup depuis des mois. Il se fit même aider par un de ses amis, un monsieur d'une quarantaine d'années, qui l'aida à savoir comment s'y prendre, où frapper, en prenant en compte le facteur le plus important, le fait que Nathan, étant encore un enfant, n'ait ni la force ni la hauteur nécessaire pour certaines besognes.

Son complice lui donna même l'idée d'aller plus loin en emportant également ses copains préférés deux jours plus tard lors de sa fête d'anniversaire. Il ne parvint pas à empoisonner tout le monde mais il qualifia son plan de réussite quand il fut interrogé par les policiers et les agents du service à l'enfance.

Nathan fut institutionnalisé et traité pour ses nombreux troubles pendant des années mais il était heureux. Son bonheur résidait dans le fait de pouvoir voir les gens qu'il aime quand il le souhaite. Hanté par ses parents, ses camarades de classe et ses voisins préférés, il ne serait plus jamais seul. Il ne pouvait pas être plus heureux.

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